C’est, à partir du XIXème siècle que les français vont découvrir les sujets coloniaux, à l’occasion des foires, expositions, mais également via divers types de médias, tels que les journaux, livres, cartes postales…
Ces mises en scène d’hommes ramenés à des types, alliées aux discours des scientifiques sur les races, ont ainsi véhiculés des clichés qui hantent encore nos représentations. Prenant place dans ce contexte colonial, ces représentations vont connaître différentes phases et évolueront en parallèle du développement colonial.
Le stéréotype des femmes
Les normes sociétales européennes de l’époque obligeaient les corps, masculins ou féminins, à se vêtir. Ainsi, la représentation des corps indigènes, principalement féminins mais également masculins transgresseront les codes occidentaux et s’érotiseront.
Au sein des expositions l’exemple des danseuses du ventre est significatif. Pour les danseuses du ventre que l’on peut rencontrer dans la rue du Caire, Alain Corbin, dans son ouvrage Filles de Noces utilise pour les qualifier le terme de « femme spectacle » et ajoute :
« La danseuse de l’exposition c’est le primat visuel sur la sollicitation sexuelles, mais protégé par l’exposition, lieu du permissif, de l’exceptionnel […] La danseuse ne peut être dissociée de son lieu de travail. Rue, café, espaces tolérés du plaisir »
Il ajoutera plus loin :
« Jusqu’à la première guerre mondiale, la moralisation de la rue restera un thème majeur du discours bourgeois. L’exposition c’était la possibilité de pouvoir se promener en famille, tout en musardant du coté de la Belle Fathma. […] si Jules Lemaître stigmatise la danse du ventre en déclarant que « toute exposition est suivie d’une diminution de la pudeur publique […] Hubertine Auclert ravie par le spectacle des oulad-nail découvertes en Algérie, note dans son ouvrage Les Femmes Arabes en Algérie, « le spectacle grotesque que l’on en donne en France n’en est qu’une horrible imitation ».
Tout est donc fait pour stimuler l’imagination, les codes de compréhension ne sont pas donnés aux visiteurs qui se retrouvent malgré eux abusés par un spectacle fortement érotisé qu’ils croient être l’image exacte de la femme arabe. Cette représentation se retrouvera sur différents supports, photographie, littérature, peinture . Pour le monde musulman la représentation des femmes restera toujours double et oscillera entre les femmes représentées à demi nues des harems, des bars et les femmes voilées.
La femme africaine sera quant à elle représentée sein nus et véhiculera ainsi, contre son gré, l’image d’une femme avec peu de moralité, et donc, à la sexualité animale, que cela soit dans les séries de photographies « scènes et types », dans des affiches publicitaire annonçant les expositions nationales, universelles ou coloniales, les villages indigènes.
- Affiche d’expositions ethnographiques, spectacles et propagande coloniale
- Affiches publicitaires
- Cartes postales « Scènes et types »

Enfin, pour les soldats coloniaux des recommandations vis-à-vis des femmes étaient données en métropole. Ces conseils, motivations supplémentaires pour tous ceux qui souhaitaient s’engager dans les colonies, avaient pour but de stabiliser les coloniaux sur place, mais également d’éviter la transmission de maladies. Ils ont également transmis une image négative des femmes des colonies, qui est ainsi traitée comme une marchandise d’échange, un produit de simple consommation.
« Malgré les conseils reçus, vous êtes peut-être encore un célibataire endurci, vous suivrez alors la coutume, vous vous procurerez une moussou, une congaï, c’est-à-dire une femme indigène. Refusez les offres de service des prostituées des villes qui sont toutes infectées. Mieux vaut attendre quelques jours, afin de vous entendre avec un autre Européen que vous aurez jugé de bon conseil dans le choix d’une femme que vous revendra un colonial en partance pour l’Europe ou que vous irez acheter directement chez son père.
Cet achat de femmes peut sembler horrible aux Européens n’ayant jamais quitté leur pays. Là-bas, il n’en est rien car l’argent que donne l’homme est en quelque sorte l’équivalent de la dot européenne ; l’homme la donne aux parents ou au prédécesseur en dédommagement de la valeur qu’il retire à son foyer. » [1]
Les stéréotypes sur l’homme noir d’Afrique subsaharienne, exemple d’une représentation ayant évolué dans le temps.
- Le cannibale
La représentation de l’Africain évoluera en fonction de la conquête coloniale et des rapports qui vont se créer entre la métropole et ses colonies. Ainsi, dans une période couvrant les débuts de la colonisation, voir même avant avec l’esclavage, jusqu’à la première guerre mondiale, une des représentations privilégiée de l’Africain est le cannibale. Ce thème se retrouve au jardin zoologique d’acclimatation, mais également dans des dessins, livres, bons points, chansons…

Image pour enfant titrée « Pris de peur, et craignant d’avoir le même sort, le bon papa Noël se sauve vers le port »
Mais cette représentation se retrouve également dans des ouvrages plus récents.
Le stéréotype des femmes
« La danseuse de l’exposition c’est le primat visuel sur la sollicitation sexuelles, mais protégé par l’exposition, lieu du permissif, de l’exceptionnel […] La danseuse ne peut être dissociée de son lieu de travail. Rue, café, espaces tolérés du plaisir »
« Jusqu’à la première guerre mondiale, la moralisation de la rue restera un thème majeur du discours bourgeois. L’exposition c’était la possibilité de pouvoir se promener en famille, tout en musardant du coté de la Belle Fathma. […] si Jules Lemaître stigmatise la danse du ventre en déclarant que « toute exposition est suivie d’une diminution de la pudeur publique […] Hubertine Auclert ravie par le spectacle des oulad-nail découvertes en Algérie, note dans son ouvrage Les Femmes Arabes en Algérie, « le spectacle grotesque que l’on en donne en France n’en est qu’une horrible imitation ».

« Malgré les conseils reçus, vous êtes peut-être encore un célibataire endurci, vous suivrez alors la coutume, vous vous procurerez une moussou, une congaï, c’est-à-dire une femme indigène. Refusez les offres de service des prostituées des villes qui sont toutes infectées. Mieux vaut attendre quelques jours, afin de vous entendre avec un autre Européen que vous aurez jugé de bon conseil dans le choix d’une femme que vous revendra un colonial en partance pour l’Europe ou que vous irez acheter directement chez son père.
Cet achat de femmes peut sembler horrible aux Européens n’ayant jamais quitté leur pays. Là-bas, il n’en est rien car l’argent que donne l’homme est en quelque sorte l’équivalent de la dot européenne ; l’homme la donne aux parents ou au prédécesseur en dédommagement de la valeur qu’il retire à son foyer. » [1]
Les stéréotypes sur l’homme noir d’Afrique subsaharienne, exemple d’une représentation ayant évolué dans le temps.

Image pour enfant titrée « Pris de peur, et craignant d’avoir le même sort, le bon papa Noël se sauve vers le port »

Bande dessinée Epyderm, la Bédé dans la peau Texte : Dr Livinstrone I presume ? Aux éditions Cinemascope, 1985
- Entre deux-guerre, le tirailleur sénégalais
Sur le plan iconographique, la première guerre mondiale constitue un tournant pour les représentations des colonisés, notamment ceux de l’Afrique subsaharienne. [2] Le cannibale deviendra ainsi le soldat fidèle, tirailleur sénégalais, dont une des images les plus représentatives est celle de la publicité Banania. L’emprise de la France sur l’Afrique avait fonctionné, cette représentation nous apprenait que l’Empire avait dompté ses indigènes.
Les tirailleurs étaient apparus pour la première fois lors du défilé du 14 juillet 1899, à Paris. Ils avaient été constitués en 1857 au Sénégal par Faidherbe. Baptisés ensuite la force noire ils devinrent rapidement le symbole de la réussite coloniale de la IIIème République.
Avec le Bibendum de Michelin et le diable de Thermogène, Banania est l’un des plus grands succès publicitaires du XXème siècle. [3]
Concernant le slogan Y’a bon Banania le journal l’Expansion.com du 1er février 2006 nous informe :
« Le célèbre slogan « Y’a bon Banania » n’aura plus jamais droit de cité. L’entreprise Nutrimaine, qui fabrique la poudre de cacao pour petits déjeuners, a annoncé qu’elle le radiait définitivement à la suite de la plainte déposée par le collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais. Inventé en pleine première Guerre Mondiale en référence aux régiments de tirailleurs sénégalais, ce slogan, perçu aujourd’hui comme raciste et portant atteinte à la dignité humaine, n’était pourtant plus utilisé depuis trente ans ! »
- Après la Seconde Guerre Mondiale, l’évolué
Enfin, après la deuxième guerre mondiale l’image qui prédominera pour représenter l’homme noir d’Afrique sera celle de l’évolué. Ainsi les images ou il est habillé à l’occidentale, adoptant un mode de vie similaire à celui de la métropole seront privilégiées. Les journaux, images joueront sur la différence entre l’évolué et le sauvage, illustrant leur concept de mission civilisatrice.
De nos jours encore, ce mode d’assimilation est celui qui prédomine dans nos rapports avec les populations immigrées.
- L’exposition internationale de Paris, 1931 exemple de l’évolution des représentations.
« L’évolution de l’imagerie coloniale correspond à l’évolution de l’imaginaire du public occidental qui, à son tour, correspond à la situation stratégique de la colonisation. » [4]
Dès le discours d’ouverture de l’exposition de 1931 il nous est précisé qu’il n’y a plus de hiérarchie des races, mais des races différentes avec une volonté d’union. Ce discours est en opposition avec le discours nazi qui se développe en Allemagne.
Dans cette optique différente, et suivant la volonté du maréchal Lyautey ne seront plus présentés les pygmées et les femmes à plateaux que des imprésarios privés souhaitaient présenter.
André Bonamy, commissaire de la section des Territoires africains, soulignera en 1929 que la présentation du pavillon « sera rationnelle tout en étant attrayante et vivante. Les attraction qui, dans les exhibitions destinées au gros public, choquent les gens avertis, en seront bannies ». [5]
De même, à propos de la rue de Djenné, du village fétichiste, du village lacustre et du campement maure habités par les indigènes le Rapport général de l’exposition précise :
« Les organisateurs s’étaient efforcés d’enlever à la présence des indigènes à l’Exposition tout ce qui pouvait lui donner le caractère d’une exhibition foraine […] une des impressions les plus fortes qui se dégageaient de l’Exposition était bien que tous ces indigènes, traités encore parfois de « sauvages », ou de « Nègres », essentiellement inférieurs à nous, étaient en pleine évolution et avaient fait des pas de géant, si bien qu’ils arrivaient à nous ressembler comme des frères. On découvrait l’âme indigène et la profonde unité de la famille humaine. Et dans ce monde, tout à coup dévoilé dans sa totalité, avec la solidarité inéluctable et grandissante de tous les peuples, il apparaissait qu’une coopération de toutes les énergies devait et pouvait être organisée pour l’intérêt commun. »
L’accent est ainsi mis sur les valeurs des indigènes, leurs capacités et sur le caractère pacifique de leurs activités sous le contrôle bienveillant de la France qui illustre ainsi son action bienfaitrice et la légitime aux yeux du public. Après des années de présence dans les colonies, et les indigènes étant devenus des acteurs politiques importants, il devenait impossible de continuer de représenter les indigènes dans leur supposée sauvagerie, cela aurait illustré l’échec de la politique coloniale !
Cependant, si dans les expositions officielles la représentation des indigènes dans une mise en scène de la sauvagerie semble avoir disparu il n’en ait pas encore de même dans les initiatives privées. Ainsi, en marge de l’exposition officielle, au jardin zoologique d’acclimatation la troupe de Kanak de Nouvelle-Calédonie sera présentée comme une troupe de cannibales, comme nous l’avons vu plus haut.
[1] André Beauseigneur, Le Guide du candidat colonial, 1939.
[2] DEROO E. LEMAIRE S., L’illusion coloniale, Paris, Editions Tallandier, 2006, 221 p.
[3] LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491p.
[4] Olivier Razac, l’Ecran et le Zoo, spectacles et domestication, des expositions coloniales à Loft Story, Denoël, Paris, 2002, 211 p. p.60
[5] André Bonamy, « les territoires africains sous mandat à l’Exposition coloniale », Togo-Cameroun, janvier 1929, P 10-14
source : http://vadmcum.wordpress.com/2010/04/10/stereotypes/










