Progressivement le voile obscurcissant les yeux de tous ceux qui regardent vers la Côte d'Ivoire s'estompe.
Les conclusions de nos deux articles précédents "Côte d'Ivoire année zéro" et " La Côte
d'Ivoire et les apprentis sorciers" se vérifient aujourd'hui à l'épreuve des faits, que nous savons être têtus. Les tentatives d'intoxication médiatique de l'opinion publique, opérées par les médias français, ont fait long feu.
Nicolas Sarkozy aura encore une fois, celle de trop, fait montre de sa dangerosité pour la République Française. La population ivoirienne subissant, elle, les dommages collatéraux de sa médiocre tenue des affaires diplomatiques.
Une stature internationale sur le dos des ivoiriens...
Non content d'avoir heurté les populations africaines en usant de termes paternalistes et d'un autre âge dans son discours de Dakar, passé aujourd'hui à la postérité, il s'est glissé dans le costume, bien trop grand pour lui, de gouverneur colonial.
En intimant l'ordre à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir, il a outrepassé ses prérogatives et envoyé aux opinions publiques africaines une bien déplorable image de notre pays.
Un despote nègre ayant violé les règles démocratiques! Voilà une cible de choix pour redorer le blason décrépit de celui qui symbolisera dans l'histoire le summum de la vulgarité et de la banalité faites président...
À bien regarder, le déroulement de cette crise ivoirienne était trop bien ficelé. Elle devait être une énième manifestation de l'incapacité des africains à gérer, de façon "civilisée", leurs propres destinées. Il semble au contraire que l'Afrique ait atteint une indéniable maturité civique.
Le mensonge est une arme politique puissante, mais il ne peut durablement cacher la vérité historique. À l'heure d'Internet, tout va très vite, trop vite...
Pourquoi...
La crise actuelle trouve son fondement dans une déstabilisation militaire de la Côte d'Ivoire, une tentative de coup d'État ne disant pas son nom, datant de Septembre 2002. Alassane Ouattara, celui que l'on présente aujourd'hui comme un parangon de démocrate, y jouât un rôle que nous qualifierons de central, bien éloigné de l'image de bon père de famille qu'on veut nous vendre aujourd'hui. Nous ne reviendrons pas sur sa biographie. Notons simplement que le fait d'avoir été marié en 1990 par le maire de Neuilly, à l'époque Nicolas Sarkozy, a du certainement jouer dans la position officielle française... N'ayant pas réussi à entrer par la fenêtre, à la suite de la rébellion armée de 2002, il se retrouve en 2010 aux portes de la présidence ivoirienne, challenger du président sortant, Laurent Gbagbo.
Comment...
La CEI ( Commission Électorale Indépendante) contrôlée majoritairement par ses partisans semblait être, pour lui et ses soutiens occidentaux, la garantie tout-risque de sa future élection à la présidence ivoirienne. Mais tout ne se passât pas comme prévu. Des fraudes massives en sa faveur, des pressions et menaces physiques sur les personnes d'assesseurs chargés de vérifier la sincérité du vote, furent constatées par les observateurs chargés de superviser le scrutin dans le Nord du pays. Le Nord de la Côte d'Ivoire qui est, rappelons-le, une zone contrôlée par des militaires-businessmen pro-Ouattara, prélevant leur dîme sur les matières première produites dans la région. Ces irrégularités mirent la puce à l'oreille du président de la CEI, Mr Youssouf Bakayoko, qui se révélera réticent à promulguer des résultats qu'il savait entachés d'erreurs.
De l'art de la comédie en mode majeur...
S'en suivit un vaudeville grotesque, au terme duquel ce dernier fut amené, quasiment de force, par les ambassadeurs des États-Unis, de France et le représentant de l'ONU, au QG de Mr Ouattara, le désormais fameux Hôtel du Golf. Tentative désespérée d'imposer la victoire de Mr Ouattara devant des caméras étrangères. Il faut souligner à ce stade, qu'ayant dépassé les délais prévus par la constitution ivoirienne, cette proclamation était sans valeur juridique. La Côte d'Ivoire, étant un état de droit, elle fut contestée par l'autorité légalement compétente, le Conseil Constitutionnel. Fort de ses prérogatives, celui dernier désignât Mr Gbagbo, vainqueur après un autre recompte des votes du Nord, où des irrégularités patentes (nous y reviendrons) furent officiellement constatées.
Une indignation factice...
Cet acte de souveraineté entraînât une condamnation quasi-unanime et immédiate de la communauté internationale. Soyons lucide, la prise de position ferme de l'administration américaine s'explique par sa volonté de se débarrasser d'un Chef d'État réticent à octroyer aux entreprises américaines une part du gâteau ivoirien. L'irrépressible envie américaine de démocratiser la Côte d'Ivoire, ressemble plus à une mauvaise blague irakienne...
La position de la France relève, elle d'une erreur de positionnement et un manque de vision de la part de Mr Sarkozy, qui comme à son habitude, usant plus de ses passions que de sa raison, n'a pu s'empêcher de montrer au monde entier sa véritable nature, pusillanime et agressive...
La position de la CEDAO découle, à l'évidence, des pressions occidentales et de l'inconscience des dirigeants des pays-membres qui la composent.
La voix de la raison venue d'Afrique...
Et pourtant des voix africaines respectables et non susceptibles de partialités s'étaient élevées pour dénoncer le positionnement hypocrite et maladroit de l'ONU, des États-Unis de la France et de la CEDAO.
L'ancien président du Ghana, Jerry Rawlings avait mis en garde la communauté internationale contre les risques d'une escalade. Dans une interview en date du Jeudi 23 Décembre, il affirmait clairement que les conclusions éminemment dérangeantes de la mission de l'UA (Union Africaine), menée par Mr M'Beki avaient été passées par pertes et profits par les va-t-en-guerre américains, français et de la CEDAO.
Nous citerons quelques passages édifiants de l'intervention de Mr Rawlings: "Dans certaines régions, le nombre de suffrages exprimés est plus élevé que le nombre total de votants. Dans une région, il y a 159.788 suffrages exprimés pour 48.400 votants. Ceci, additionné au fait que dans certaines régions, le personnel de la commission électorale et certains agents électoraux n'ont pas été autorisés à contrôler le processus, appelle à ce qu’une enquête appropriée soit instamment diligentée".
La "communauté internationale" légitimera pourtant Mr Ouattara au poste de président...
Mr Rawlings toujours: " Il est également important que nous ne nous précipitions dans aucune forme d'intervention de force. Cela ne garantira pas une résolution définitive de la crise et peut au contraire exacerber une situation déjà volatile qui pourrait résulter en une guerre civile complète avec des effets désastreux sur les populations de toute la sous-région" On ne saurait être plus clair. Quelles peuvent-être les raisons qui ont entraîné la non-divulgation des conclusions de la mission M'Beki, alors que semble-t-il, les parties étaient favorables à un recompte des voix? Une seule explication: les dés étaient pipés dès le début...
Une communauté internationale qui perd les pédales...
À la place nous avons eu droit à des pressions diplomatiques accrues à l'encontre de Mr Gbagbo. La troïka missionnée par la CEDAO le 28 Décembre 2010, pour l'enjoindre de quitter le pouvoir dans les délais les plus brefs, sous peine d'intervention militaire est une pure folie!
La CEDAO, attelage hétéroclite de démocratures et de démocraties, a-t-elle la légitimité au regard du droit international pour user de la force? Nous disons clairement non!
A-t-elle la légitimité morale pour se prévaloir de la défense de la démocratie ? Avec dans ses rangs l'assassin de Thomas Sankara, Mr Compaoré, adepte de scores soviétiques (Mr "Pas moins de 80%")?
Avec dans ses rangs le presque sénile Maître (comme il aime à s'appeler lui-même) Wade, président du Sénégal, cible d'un récent rapport du Département d'État américain, dénonçant la dérive autocratique de son pouvoir et ses tentatives pour installer son fils dans son fauteuil?
Avec dans ses rangs, Faure Égnassigbé, président du Togo, qui s'il n'a pas pris le patronyme de son père, Eyadema, en a gardé le goût prononcé du trucage électoral et de la répression violente? Nous disons clairement, non!
Désinformation, quand tu nous tiens...
Vu de France, la problématique est plus simple, voir simpliste. Les médias aux ordres, décrivent un climat de terreur à Abidjan, information formellement démentie par de nombreux contacts sur places. Avec force images chocs on prépare l'opinion publique au pire, le bain de sang. Avec d'autant plus de désinvolture que les combattants défendant les intérêts français seront les tirailleurs des temps modernes: les soldats des États-membres de la CEDAO!
Le 28 Décembre 2010, sur BFMTV en moins de vingt minutes, on est passé d'un convoi de l'ONU attaqué par les forces pro-Gbagbo, à un convoi simplement caillassé par la population... Les images de casques bleus en larmes sont diffusées à l'appui de commentaires de nature à effrayer la ménagère de plus de 50 ans. On comprend pourquoi, il faut "Saddamhusseiniser" le soldat Gbagbo.
Quand les violons sont désaccordés...
Le député UMP Didier Julia, dans un entretien radiophonique accordé le 28 Décembre à Kernews, démolit la position française. Membre de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée Nationale, il remet clairement en question le choix du président de la République.
Son attitude calquée sur celle des américains serait, selon Mr Julia, clairement préjudiciable aux intérêts français (et accessoirement à ceux des Ivoiriens...). Il met en évidence de grandes divergences entre la Ministre des Affaires étrangères, Mme Alliot-Marie et le Premier Ministre, Mr Fillon plus neutralistes et légalistes d'une part et Mr Sarkozy, atlantiste et soutien aveugle de l'ami Ouattara, d'autre part.
Il souligne les doutes exprimés au sommet de l'État et au sein de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée Nationale, quant à la réalité de la victoire de Mr Ouattara.
Mr Julia s'interroge sur l'à-propos de l'ingérence de la France dans les affaires internes d'un État souverain et sur les risques que celle-ci ferait courir aux ressortissants français présents en Côte d'Ivoire.
Il s'inquiète enfin, du danger en terme d'image pour la France, de voir se répéter une bavure similaire à celle de l'Hôtel Ivoire. Lorsque le 9 Novembre 2004, comme au bon vieux temps des colonies, les soldats français s'étaient livrés impunément à la canonnade sur des civils désarmés.
La rue africaine a choisi...
Les opinions publiques africaines sont aujourd'hui très sourcilleuses en matière d'ingérence étrangère, surtout française, dans les affaires de leurs États. Réflexe qui peut paraître étonnant, la colonisation francaise n'ayant eu que des côtés positifs, selon la pensée officielle de notre pays, matérialisée par les intellectuels Éric Zemmour et Alain Finkielkraute ou le député Christian Vanneste. La pensée étant hellène et l'ingratitude nègre, nous n'en sommes pas étonnés...
Toujours est-il que la rue africaine consciente de cette recolonisation qui ne dit pas son nom, proteste et a pris fait et cause pour Laurent Gbagbo. Nous citerons pour exemple des manifestations pro-Gbagbo organisées au Cameroun, à Douala et Yaoundé le 23 Décembre dernier. La première dispersée à coup de grenades lacrymogènes, la seconde, une conférence, interdite par un préfet pour, sans rire, raison d'ingérence dans les affaires internes ivoiriennes.
Démocrate mais pas trop, le pouvoir camerounais ne veut pas décevoir le vainqueur, quel qu'il soit. Il préfère observer la plus stricte neutralité. De plus l'élection présidentielle camerounaise ayant lieu en Octobre 2011, il n'est pas judicieux de laisser des fleurs de sédition croître au sein de la jeunesse.
Gouverner, c'est prévoir...
Une prise de conscience irréversible...
Mais il apparaît que l'Afrique aujourd'hui a bien saisi que le drame qui se déroule en Cote d'Ivoire est d'une importance cruciale pour tous ses enfants. Il s'agit de symboles puissants.
Il ne s'agit ni plus ni moins que d'une question de liberté et d'autodétermination. La communauté internationale a réussi un tour de force, faire de Laurent Gbagbo un nouveau Sankara. Le destituer par la force plongerait à coup sur le pays dans le chaos, discréditerait l'administration américaine et finirait de saper le peu de crédibilité de la France sur le continent africain.
Revenons à l'éssentiel...
Mais nous n'avons que peu parlé du principal concerné de cette partie de poker menteur, où rien n'est vrai et tout est faux, le peuple Ivoirien. Après une décennie de tension, le monde "civilisé" s'apprête à lui faire connaître les "délices" d'une guerre civile. Il n'est pas possible, d'un point de vue moral, par respect pour notre humanité, de regarder et de ne rien faire.
Le génocide de 1994 pèse encore sur nos consciences. Bien que la situation ivoirienne ne présente que peu de similitude avec le drame rwandais, les risques de violences civiles à grande échelle nous préoccupent.
Nous français,
Nous français d'origine africaine,
Nous membre de la diaspora africaine résidant en France, unis nous nous élevons contre la mise en place sournoise de cette tragédie par notre gouvernement.
Nous mènerons toutes les actions en notre pouvoir pour éviter le drame vers lequel la communauté internationale précipite la Côte d'Ivoire.
La raison en est simple . Elle réside au fond de nos consciences.
Car quel que soit le point de la planète où il se trouve, quelle que soit sa couleur de peau, quelle que soit la langue qu'il parle, l'homme qui souffre est d'abord homme et mérite qu'on lui tende la main.
C'est pour cela qu'aujourd'hui nous écrivons: Nous sommes tous des ivoiriens...
Ahouansou Séyivé




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